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Le monastère de Gandantegchinlen, cœur battant du bouddhisme mongol

Sur une butte qui domine la circulation et les tours de verre d'Oulan-Bator s'étend une enceinte de temples blanchis à la chaux où, chaque matin, des moines en robe grenat viennent psalmodier des écritures récitées en ce lieu depuis l'époque des empereurs Qing. Le monastère de Gandantegchinlen, que presque tout le monde appelle simplement Gandan, est le plus grand et le plus important monastère bouddhique de Mongolie. Son nom signifie à peu près le Grand Lieu de la Joie parfaite, et ce titre, il l'a mérité au prix fort : fondé sous une théocratie, vidé de sa substance par la terreur stalinienne, maintenu en vie des décennies durant comme vitrine de propagande, puis rené comme centre spirituel d'une nation démocratique.

Une fondation dans l'ancienne capitale monastique

Gandan fut établi en 1838, à l'époque où Oulan-Bator s'appelait encore Ikh Khüree, ce grand campement monastique semi-nomade qui servait de siège aux Jebtsundamba Khutuktu, les plus hauts lamas réincarnés de Mongolie. Le cinquième Jebtsundamba fonda Gandan comme centre voué à l'étude philosophique, un peu à l'écart de l'agitation administrative du campement principal. Le monastère appartient à l'école gelugpa du bouddhisme tibétain, la tradition dite des Bonnets jaunes, à la tête de laquelle se trouvent aussi, historiquement, les dalaï-lamas ; son nom même fait écho au monastère de Ganden au Tibet et au ciel de Tushita de la cosmologie bouddhique. Au fil des décennies, Gandan devint l'une des grandes institutions savantes du monde bouddhique mongol, avec des collèges consacrés à la philosophie, à la pratique tantrique, à la médecine et à l'astrologie. Des moines venaient de toute la steppe débattre de logique dans ses cours, et le monastère rassembla une bibliothèque exceptionnelle d'écritures tibétaines et mongoles, de xylographies et de manuscrits, dont une grande partie subsiste encore dans ses collections.

Migjid Janraisig, le seigneur qui regarde dans toutes les directions

Le trésor le plus célèbre du monastère est la statue colossale de Migjid Janraisig, nom mongol d'Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion. La statue d'origine fut érigée au début des années 1910, peu après que la Mongolie eut proclamé son indépendance de l'empire Qing à l'agonie, et elle était étroitement liée au huitième Jebtsundamba, le Bogd Khan, devenu à la fois chef spirituel et souverain temporel du pays. La tradition veut qu'elle ait été commandée en partie comme une prière pour la guérison de sa vue déclinante. Abritée dans son propre temple blanc aux proportions vertigineuses, la statue devint un symbole national de la souveraineté et de la foi mongoles. Ce premier colosse n'a pas survécu au vingtième siècle : à la fin des années 1930, les autorités communistes le firent démonter et emporter, et selon la plupart des témoignages son métal fut expédié en Union soviétique, où il disparut. La statue que les visiteurs admirent aujourd'hui est une reconstruction, achevée et consacrée en 1996, haute d'environ 26,5 mètres, dorée, et remplie selon la tradition de soutras, de mantras et de plantes médicinales.

Les purges qui faillirent tout emporter

Pour comprendre Gandan, il faut mesurer ce qui est arrivé au bouddhisme mongol dans les années 1930. Quand les communistes consolidèrent leur pouvoir, la Mongolie comptait des centaines de monastères, et une proportion considérable de sa population masculine portait la robe. Sous la pression de l'Union soviétique de Staline, le gouvernement mongol déchaîna à la fin de la décennie une campagne de terreur contre l'Église. Les monastères furent fermés, pillés et rasés dans tout le pays ; des dizaines de milliers de moines furent arrêtés, et un grand nombre de hauts lamas exécutés. Ce fut l'une des destructions les plus complètes d'un clergé national de tout le vingtième siècle. Gandan lui-même fut fermé en 1938. Ses temples se turent, ses trésors furent confisqués ou détruits, la grande statue de Janraisig fut emportée. Pendant quelques années, le bouddhisme sembla avoir tout simplement cessé d'exister en Mongolie en tant qu'institution, ne survivant que dans la mémoire de moines défroqués et dans des rituels murmurés au fond des yourtes familiales, loin du regard de l'État.

Un monastère-vitrine sous le socialisme

Vint alors un étrange retournement. En 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, Gandan fut autorisé à rouvrir, et pendant plus de quatre décennies il fonctionna comme l'unique monastère en activité de la République populaire de Mongolie. Les motifs étaient avant tout politiques : l'État voulait une institution religieuse de façade à montrer aux visiteurs étrangers et aux délégations bouddhistes venues d'Asie, preuve que la Mongolie socialiste tolérait la foi. Une petite communauté de moines, étroitement surveillée, maintint les cérémonies sous l'œil des autorités. C'était une existence compromise, mais elle eut une importance immense. Grâce à Gandan, les lignées du savoir monastique mongol ne furent jamais entièrement rompues. Rituels, psalmodies et traditions d'étude passèrent de moines vieillissants à une poignée de plus jeunes. En 1970, une université bouddhique fut fondée au monastère, placée sous le nom de Zanabazar, le célèbre artiste du dix-septième siècle qui fut aussi le premier Jebtsundamba, pour former les rares religieux que l'État tolérait. Quand la liberté revint enfin, il restait une racine vivante d'où l'arbre pouvait repartir.

La renaissance après 1990

La révolution démocratique de 1990 changea tout. La liberté religieuse fut rétablie, et les Mongols revinrent au bouddhisme en nombre extraordinaire. Gandan, seul monastère à n'être jamais tout à fait mort, devint naturellement le quartier général de ce renouveau. Partout dans le pays, des monastères rouvrirent ou furent reconstruits, et beaucoup de leurs nouveaux moines se formèrent à Gandan. L'abbé du monastère, le Khamba Lama, est depuis considéré comme la plus haute autorité du bouddhisme mongol. La reconstruction de la statue de Migjid Janraisig, financée par les dons de simples citoyens mongols comme de soutiens internationaux, devint l'emblème de cette restauration ; la consécration de la nouvelle statue en 1996 fut célébrée comme le retour du protecteur de la nation. Le dalaï-lama s'est rendu à Gandan à plusieurs reprises, attirant des foules immenses, et le monastère a retrouvé son ancien rôle de pont entre le bouddhisme mongol et le vaste monde bouddhique tibétain.

L'enceinte monastique aujourd'hui

Le Gandan moderne est une petite cité de l'esprit. Derrière ses portes s'alignent des salles de temple mêlant les styles architecturaux mongol, tibétain et chinois : toits incurvés, murs blancs, cours tendues de drapeaux de prière. L'édifice dominant est le haut temple blanc de Migjid Janraisig, visible de loin par-dessus la ville, dont l'intérieur est tapissé d'images et de rayonnages d'écritures autour de la grande statue dorée. Autour se pressent des salles de cérémonie plus anciennes où se tiennent les offices quotidiens, les bâtiments de l'université bouddhique, les logements des moines, des stupas et des rangées de moulins à prières polis par d'innombrables mains. Plusieurs centaines de moines sont rattachés au monastère, des vieux lamas aux jeunes novices qui courent en classe, leurs textes sous le bras. La bibliothèque conserve un fonds remarquable de littérature bouddhique échappé aux purges, et le monastère demeure un centre actif d'astrologie et de vie rituelle traditionnelle, consulté par les familles pour tout, du choix d'un prénom à celui d'une date faste.

Au rythme d'un monastère vivant

Gandan n'est pas un musée, et c'est précisément ce qui fait son attrait. Venez le matin : vous trouverez les grandes salles emplies de psalmodies, ponctuées de tambours, de trompes et de cymbales, tandis que les pèlerins font le tour des bâtiments dans le sens des aiguilles d'une montre, faisant tourner les moulins à prières en murmurant des mantras. Des dévots âgés se prosternent devant les temples ; des employés de bureau passent avant leur journée de travail ; des nuées de pigeons tournoient au-dessus de l'esplanade, nourris par les visiteurs en acte de mérite. Les règles de photographie varient d'une salle à l'autre, une tenue et une attitude respectueuses sont attendues, mais les visiteurs de tous horizons sont les bienvenus dans l'enceinte. Le contraste est inoubliable : à quelques minutes de là s'étend la place du parlement d'une capitale moderne, mais entre ces murs, le paysage sonore appartient à un autre siècle. Pour qui veut comprendre comment une tradition religieuse survit à la catastrophe et se réinvente, il n'existe guère de meilleure leçon en Asie.

Sur la carte

Gandantegchinlen se dresse sur sa butte dans la partie occidentale du centre d'Oulan-Bator, à courte distance à pied ou en voiture du cœur de la ville, et constitue le point d'ancrage naturel de tout voyage à travers le paysage sacré de la Mongolie. Sur notre carte interactive, vous pouvez localiser précisément le monastère, situer sa position dans la ville et découvrir d'autres monastères en Mongolie et bien au-delà. En dézoomant, vous retrouverez l'histoire de Gandan répétée en des centaines d'autres lieux : détruits, gardés en mémoire, puis rendus à la vie.